Un cabinet médical artistique pour ’’soigner’’ les œuvres d’art

Dakar, 2 juin (APS) – Le fondateur du cabinet médical artistique “Art im dienst” (art en service), l’artiste Serigne Mor Niang a été l’hôte du laboratoire de sémiologie alternative, espace scientifique où on analyse les signes dans le contexte artistique.
Initié par le graphiste Papa Oumar Fall, le Laboratoire de sémiologie artistique a reçu, mercredi, la visite de l’artiste Serigne Mor Niang du cabinet ‘’Art im dienst’’ dont la vocation est de soigner les œuvres d’art, une façon imagée, selon lui, de “soigner l’image des artistes au Sénégal”.
“Je pars du concept que si une personne malade peut aller à l’hôpital pour se faire soigner, un tableau ou un objet d’art malade doit entrer en laboratoire et se faire soigner aussi”, a-t-il dit à l’APS à l’occasion d’une consultation gratuite à la Bibliothèque centrale de l’université Cheikh Anta Diop.
De son nom d’artiste ‘’Mara’’, Serigne Mor Niang a été invité à l’exposition du concept de Laboratoire de sémiologie alternative ( 3 mai – 3 juin) initié par un autre artiste graphiste Papa Oumar Fall.
Doctorant à l´Université d´Art et de Design Industriel de Linz, en Autriche, l’artiste a expliqué que ce cabinet est en partie lié à sa thèse de doctorat qu’il est en train d’écrire sur le thème de l’influence de la drogue dans le monde artistique.
“Ecrire une thèse de doctorat en étant artiste n’est pas évident car on est confronté à deux situations où il faut pratiquer l’art d’une part et faire des recherches théoriques de l’autre c’est pour cela que je me définis comme artiste-théoricien”, a-t-il affirmé.
“Quand j’ai commencé mon doctorat je voulais faire recherche et théorie en même temps (…) et donc j’ai trouvé un concept pour essayer de confronter ces deux choses là (…)’’.
Pour lui, ’’si le docteur en médecine a le droit de créer sa clinique, le docteur en art devrait avoir le même droit c’est à dire créer a propre clinique et faire des consultation”, a fait valoir Mara.
C’est comme cela, selon lui, qu’est né le nom du cabinet ‘’Art im dienst’’, nom dérivé de la bonne expression en allemand “Arzt in dienst” (médecin en service), une inscription souvent utilisée par les médecins en Autriche ou en Allemagne dans leurs véhicules pour montrer qu’ils sont en service.
Ainsi durant la consultation gratuite à l’UCAD, plusieurs ordonnances ont été prescrites aux propriétaires d’œuvres pour acheter les matériaux, donc des médicaments, pour, a-t-il dit, “passer, si nécessaire, à une chirurgie plastique de l’objet d’art en question”.
Colle, aiguille scotch, cutter, fil à coudre peuvent, entre autres matériaux, être prescrits dans l’ordonnance sur laquelle est inscrit un numéro d’urgence. Certains objets comme des photographies, des tasses décoratives cassées ont subi une consultation.
Certains propriétaires devront consulter la page Facebook de ce cabinet itinérant ’’d’art sans frontière’’ pour connaître les lieux où il opère momentanément.
“Je suis un médecin plastique qui fait de la chirurgie plastique”, a dit Mara qui a ajouté que ce concept est aussi “une manière de soigner l’image des artistes”.
“Je pars de l’idée que les artistes ne sont pas respectés, ils sont parfois associés à la drogue etc…Et certains meurent dans des situations incorrectes car on relègue l ‘art au second plan”, s’est désolé l’artiste.
“Il est important que l’art soit mieux valorisé au Sénégal”, a souligné Serigne Mor Niang, relevant qu’il y a des “pays qui ont mis en place des institutions universitaires où l’on n’apprend que de l’art avec des départements de sculpture par exemple, de peinture ou encore de photographie”.

MF/PON

Auteur de l’article : dooggle