Aperçu de l’agriculture sénégalaise

L’agriculture sénégalaise est essentiellement pluviale et saisonnière. Elle repose à la fois sur des cultures de rente (arachide coton) et sur des cultures vivrières de subsistance (mil, sorgho, maïs). Le riz, culture traditionnelle en Casamance, se développe fortement dans la vallée du fleuve Sénégal.

L’agriculture sénégalaise a connu des changements importants durant ces cinquante dernières années. D’une agriculture à l’origine vivrière et familiale, elle a été fortement orientée sur les cultures de rente (arachide et coton). La filière arachide, longtemps le moteur de l’économie sénégalaise, traverse une crise importante. La production augmente, en revanche, dans les filières céréales (mil, riz, maïs), fruits et légumes, et manioc, répondant à la demande locale croissante.

 

Avec le développement de l’irrigation, notamment dans la vallée du Fleuve Sénégal, les performances de la filière riz se sont améliorées. La production de mil, culture pluviale traditionnelle qui avait fortement régressé, est également en hausse dans un objectif d’autoconsommation et de commercialisation. Les micro et petites entreprises jouent un rôle central de valorisation de la production nationale à destination des marchés de consommation urbains.

Dans la grande majorité, les producteurs agricoles sont de petits exploitants qui cultivent la terre sur des régimes fonciers traditionnels et pratiquent des assolements traditionnels.

La plupart d’entre eux combinent cultures de rente (arachide coton) et cultures vivrières de subsistance (mil, sorgho, maïs), tout en possédant quelques animaux, en élevage extensif et, dans de plus rares cas, intensif associés aux cultures. L’horticulture se développe dans la zone des Niayes (le long du littoral) et dans les terres irriguées le long du fleuve Sénégal où la culture du riz s’est également fortement développée.

Le secteur de l’agriculture représente 7,1 % du PIB en valeur en 2012.

Horticulture

FRUITS ET LÉGUMES

Les structures d’exploitation horticoles sont caractérisées par la prédominance des vergers et jardins de case et des exploitations privées. Les volumes de production, en forte croissance depuis 15 ans, sont estimés à plus de 600 000 tonnes. De 2000 à 2010, les exportations horticoles sont passées de moins de 1 000 tonnes à 35 000 tonnes. Elles sont estimées à 85 000 tonnes en 2014.

Production maraîchère

Le Sénégal produit des légumes de type européen/régions tempérées (chou, laitue, tomate, aubergine, haricot, melon, carottes, navet, pomme de terre, oignon, etc.) et de type africain/régions chaudes (oseille de Guinée, gombo, aubergine amère, la patate douce, manioc etc.). L’étalement réussi de la production dans l’espace et dans le temps fait de la sous filière maraîchère une des composantes les plus porteuses et les plus dynamiques du secteur horticole.

La production horticole est concentrée principalement dans la bande littorale des Niayes et dans la vallée du fleuve Sénégal. La zone des Niayes (de Dakar à Saint-Louis) qui, est créditée de plus de 60 % des récoltes, fournit oignons, pommes de terre, carottes, chou vert, tomates cerises et de table, aubergines, laitue, piment alors que la vallée du fleuve avec ses immenses potentialités est spécialisée dans la production de tomates industrielles, d’oignons et de patates douces.

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Maraichage dans les Niayes de Rufisque

La production a aujourd’hui tendance à se diversifier géographiquement, en élargissant son bassin d’exploitation aux régions du bassin arachidier où on a assisté à une baisse de la surface consacrée à la culture arachidière et une diversification de la production notamment vers des spéculations horticoles notamment pendant l’hivernage (pastèques et diakhatou, mais aussi des oignons de la vallée du Koupango). A noter également dans la région de Kolda la zone de Pata plus spécialisée dans la production de piment.

Les légumes d’exportation sont généralement produits dans l’axe Dakar-Saint Louis du fait de la douceur du climat et de la proximité des infrastructures aéroportuaires.

L’essentiel des productions légumières provient des exploitations familiales, notamment en ce qui concerne les zones des Niayes (centre et nord), le bassin arachidier et la région naturelle de la Casamance. Il s’agit de petites exploitations où l’irrigation représente la principale occupation de la main d’œuvre et dans lesquelles le producteur est souvent confronté aux difficultés de financement de la production et de la qualité des intrants.

Ce système évolue dans les parcelles des périmètres villageois du long de la vallée et dans les exploitations des exportateurs du sud des Niayes, du lac Guiers et du Delta du fleuve Sénégal

Production fruitière

L’offre en fruits est constituée d’espèces de zone tempérée (agrumes) et surtout de fruits dits tropicaux : mangue, banane, ananas, papaye, etc. Les fruits sont essentiellement destinés au marché local, mais occupent de plus en plus la place dans les exportations avec un créneau de production très favorable pour la mangue (mai-juillet).

L’essentiel de la production fruitière du Sénégal provient de la région de la Casamance et de la région Thiès.

Les régions de Ziguinchor et Kolda sont caractérisés par une importante production de bananes (périmètres communs avec plusieurs exploitants autour d’une unique source d’eau), d’agrumes, de mangues, d’oranges, de mandarines, de papayes, de citrons, de goyaves,

La zone de Thiès et Dakar est la seconde zone de production de fruits, avec environ 10 à 15 % de la production nationale. Elle est surtout spécialisée dans les productions d’agrumes et mangues.

À l’Est du Sénégal (région de Tambacounda), la production fruitière se résume à la culture du bananier au sein de certains périmètres fruitiers.

Les produits de cueillette occupent également une place de choix dans le commerce et la consommation. Ils sont récoltés généralement dans les forêts de Casamance et du Sénégal oriental (même si certaines espèces sont présentes un peu partout sur le territoire national) : tamarin, pain de singe (fruits du baobab), madd, jujube, ditakh, etc.

  • Calendrier des disponibilités des fruits et légumes au Sénégal
  • Les fruits du Sénégal
  • Fruits et boissons

Mil, maïs, sorgho

CULTURES PLUVIALES (MIL, MAIS, SORGHO, FONIO)

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Le mil, base de l’agriculture vivrière sénégalaise

Les principales céréales cultivées sous pluie au Sénégal sont le mil, le sorgho et le maïs,. Les régions de production se situent au centre (Bassin arachidier) et au sud du pays (Casamance, Tambacounda).

Le mil à chandelle ou mil pénicillaire est la principale culture céréalière du Sénégal. Il tolère la sécheresse, un faible niveau de fertilité des sols et des températures élevées. Il est cultivé principalement au centre du pays couvrant les régions de Kaolack, de Louga, de Diourbel, de Thiès et dans la région de Tambacounda.

Le sorgho est produit à l’est du bassin arachidier, au Sud dans la région de Kolda, notamment dans le département de vélingara et dans la Vallée du fleuve Sénégal en raison des habitudes alimentaires des ménages ruraux de ces zones.

La culture du maïs, plus exigeante en eau, se développe principalement dans les régions de Tambacounda, de Kolda et de Kaolack. Le programme « maïs » initié en 2003 par le gouvernement avait diffusé la culture dans toutes régions du Sénégal mais l’effet recherché n’a pas été atteint. Les importations de maïs sont encore élevées notamment pour répondre aux besoins de l’alimentation animale (12 milliards FCFA en 2009).

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Récolte du fonio

Le fonio reste quant à lui concentré dans les régions de Tambacounda et de Kolda avec des productions encore faibles. Cependant cette culture présente de sérieuses potentialités compte tenu de ses nombreuses caractéristiques et des nouvelles initiatives au niveau régional pour en faire une culture de rente.

La production annuelle de mil (et sorgho) varie entre 400 et 600 000 tonnes avec des rendements moyens faibles de l’ordre de 630 kg/ha sur les quinze dernières années. La faiblesse des rendements est liée à un épuisement des sols et à un apport faible d’engrais (réservé plutôt à l’arachide), à la baisse de la pluviométrie, à des maladies (mildiou, charbon et ergo), des insectes (mineuses, foreurs et cantharides), des mauvaises herbes (striga hemonithica) mais également à la faible utilisation de technologies appropriées.

Le mil est la base de l’alimentation des ménages ruraux dans le bassin arachidier malgré une percée notable du riz dans les habitudes alimentaires. Il est consommé essentiellement sous forme de coucous, de bouillies à base de farine ou de semoule. Le mil est donc avant tout une culture vivrière mais qui tend à devenir également une culture de rente en raison d’une demande importante des zones agricoles déficitaires et de la capitale Dakar où sa consommation, après avoir fortement décliné, semble reprendre grâce à la mise en marché de produits plus rapides et faciles à préparer proposés par des petites entreprises.

Riz

RIZ, PRINCIPALE CULTURE IRRIGUÉE

Le riz est l’aliment de base des sénégalais. Il s’est fortement substitué aux céréales locales (mil sorgho, maïs), en milieu urbain mais aussi en milieu rural et représente aujourd’hui plus de 50 % de la consommation des ménages en céréales. Les ménages dépensent en moyenne 8 % de leurs revenus dans l’achat du riz. Les Sénégalais consomment surtout du riz brisé auquel ils se sont habitués depuis la colonisation (importation des sous-produits de la transformation du riz d’Asie).

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Sac de riz du fleuve

Le système de production irrigué est pratiqué dans la vallée du fleuve Sénégal (au Nord) où d’importants investissements ont été réalisés depuis 40 ans et dans le bassin de l’Anambé (au Sud). Le potentiel du pays en terres irrigables est de 240 000 ha dans la vallée du fleuve Sénégal et d’environ 16 000 ha dans le bassin de l’Anambé. Les superficies aménagées représentent moins de 3 % du potentiel irrigable. Le riz pluvial se retrouve dans les régions de Ziguinchor, de Kolda et marginalement de Tambacounda.

La production a progressé ces dernières années passant de 190 500 tonnes de paddy en 2006 à près de 630 000 tonnes en 2014, soit 380 000 tonnes de riz blanc environ. Les effets cumulés d’une augmentation des superficies emblavées (par des investissements massifs dans les ouvrages hydro-agricoles), de l’intensité culturale et des rendements sont à l’origine de cette augmentation.

Récolte de riz dans la région du fleuve

Cependant la production locale reste en deçà de la demande et ne couvre que 35 % des besoins. Les importations de riz ont progressé à un rythme de 5 % par an depuis 1990. Elles varient aujourd’hui entre 700 000 et 800 000 tonnes par an, entraînent des sorties de devises de près de 200 milliards CFA.

> Le riz : une augmentation de la production locale

Arachide, coton

L’ARACHIDE

Introduite dès le XVIe siècle par les navigateurs portugais, la culture de l’arachide a profondément marqué l’économie du pays. Au début des années 60, le Sénégal était le premier exportateur mondial d’arachide. Aujourd’hui, elle compte parmi les quatre premiers produits d’exportation du Sénégal, avec la pêche, les phosphates et le tourisme et occupe directement ou indirectement au moins 4 millions de Sénégalais.

La filière traverse une crise importante qui s’est traduite par une baisse de la production due aux différentes politiques agricoles, aux fluctuations du marché, à la vétusté du matériel agricole, à la dégradation des sols et du capital semencier, à la baisse de la pluviométrie et aux changements climatiques. Elle continue d’occuper une place importante dans l’économie sénégalaise et demeure la principale culture du bassin arachidier.

Arachide à Kaolack

L’arachide connaît non seulement une tendance baissière sur les superficies emblavées, et donc sur la production, mais aussi sur les rendements, entraînant ainsi une réduction progressive des réserves semencières et une forte chute de l’approvisionnement des unités industrielles.

La production est passée d’un niveau record de 1 434 147 tonnes en 1976 à 261 000 tonnes en 2002/2003. Cette tendance à la baisse se maintient jusqu’en 2007. Entre 2007 et 2010, la production d’arachide d’huilerie a presque quadruplé passant 331 000 à 1 290 000 tonnes grâce à l’extension des superficies emblavées pour la culture de l’arachide d’huilerie. Mais la campagne 2011-2012 est marquée par une forte baisse de la production (59 % par rapport à l’année précédente et 24 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années) suite à une mauvaise répartition et à l’arrêt précoce des pluies.

L’arachide est restée une culture vivrière, jouant un rôle important dans l’alimentation des ménages producteurs puisqu’on estime selon les années que seulement 16 à 30 % de la production est commercialisée.

Le Sénégal est devenu le deuxième exportateur africain derrière le Nigeria mais se situe loin derrière les principaux exportateurs mondiaux actuels représentés par la Chine, l’Inde et les États-Unis. Les produits arachidiers ne représentaient plus que 4 % des exportations en 2011, ce qui est très loin du record de 80 % que représentait l’arachide dans les exportations à l’indépendance.

COTON

La zone de production du coton est concentrée au sud du pays dans les
régions de Tambacounda, de Kolda, et du sud des régions de Fatick et de Kaolack.

Il s’agit d’une filière structurée autour de la Fédération nationale des producteurs de coton (FNPC), représentant plus de 20 000 exploitations familiales et de la Sodefitex qui dispose de cinq usines d’égrenage à Kahone, Kédougou, Tambacounda, Vélingara et Kolda.

Pour la campagne 2013, la production a atteint 32 250 tonnes de coton graine soit 13 600 tonnes de fibre de coton et 17 500 tonnes de graine de coton. Le coton est le 10e produit d’exportation du Sénégal

Élevage

PRODUCTION ANIMALE

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Zébu dans le Ferlo

En 2011, le cheptel est estimé à 15,4 millions de têtes au total : ovins 5,7 millions, caprins 4,9 millions et bovins 3,3 millions. La production de viande est estimée à 19 000 tonnes pour les ovins, 87 300 pour les bovins et 12 900 pour les caprins.

L’exploitation du cheptel reste néanmoins dominée par des modes extensifs de conduite des troupeaux. Selon la situation agro-écologique du pays, on peut distinguer trois systèmes d’élevage bovin et ovin :

  • un système pastoral (élevage extensif transhumants ou semi-transhumant) localisé notamment dans la zone sylvo-pastorale mais également dans une partie du bassin arachidier, avec des troupeaux relativement importants de bovins et de petits ruminants, conduits en mode extensif sur les parcours naturels, avec une mobilité de faible à moyenne amplitude ;
  • un système agropastoral dans le bassin arachidier, la vallée du fleuve Sénégal et au sud et sud-est du pays avec des troupeaux de bovins et d’ovins de plus petite taille qui bénéficient pour certains d’un alimentation complémentaire (fanes d’arachide, tourteaux et parfois concentrés pour les ovins notamment), ces zones accueillent également les troupeaux transhumants en provenance du nord .
  • un système intensif ou semi-intensif, d’embouche bovine ou de production laitière (stabulation permanente ou temporaire durant quelques mois), localisé dans les zones urbaines ou péri-urbaines mais également dans certains villages du bassin arachidier.

Troupeau de zébus dans le Ferlo

L’élevage bovin et petits ruminants, activité importante en milieu rural, répond plus à une logique d’épargne et de prestige social que d’exploitation économique. C’est une des raisons majeures qui explique le faible taux d’exploitation du bétail.

Les effectifs de la filière avicole sont estimés annuellement à plus de 23 millions de têtes pour la volaille traditionnelle et 20 millions de têtes pour la volaille industrielle pour une production d’œufs de 500 millions d’unités.

QUELQUES CHIFFRES

Superficies emblavées des principales cultures Sénégal

Culture 2012/2013 2011/2012 Moyenne des 5 dernières années
Céréales 1 226 823 1 136 916 1354 919
Arachide 708 956 865 770 912 895
Niébé 129 206 94 530 195 484
Manioc 23 600 20 672 50 308
Pastèque 16 582 13 940 17 955
Coton 33 694 26 643 30 529
Sésame 11 319 8 295 23 355
Autres 10 380 16 233 15 016
TOTAL 2 160 560 2 182 963 2 604 478

Production (tonnes) des principales cultures

Spéculation 2014 2013 2012
Mil 662 614 480 759
Sorgho 137 574 86 865
Maïs 238 423 124 092
Riz paddy* 631 000 469 649 405 824
Fonio 1 497 1 735
Arachide 692 572 527 528
Coton graine 32 248 25 367
Manioc 189 469 154 879
Niébé 55 015 28 110
Sésame 5 291 3 655
Pastèque 182 132 148 683
Total légumes 740 000
Total fruits 258 000
Viande ovine 19 000 t
Viande bovine 87 300
Viande caprine 12 900 t
Oeufs 500 millions

* On estime à 65 % la proportion de riz blanc par rapport au riz paddy

Importations commerciales et aides alimentaires importées programmées en 2012/2013 (tonnes)

Céréales Importations commerciales Aides alimentaires Importations totales
Blé 350 000 7 914 357 914
Riz 750 000 16 789 766 789
Maïs et sorgho 90 000 0 90 000
Total 1 190 000 24 703 1 214 703

Source : Direction de l’analyse, de la prévision et des statistiques agricoles et ANSD

Voir aussi

  • Sociétés de production et de transformation de produits agricoles

Sources

  • Gret, 2007, Profil de sécurité alimentaire du Sénégal, rapport provisoire, CILSS
  • Statistiques nationales de l’agriculture, de l’horticulture, de l’élevage
  • Portail agroalimentaire
  • Résultats définitifs de la campagne agricole 2012/2013 Sénégal

Sur le web

  • La construction de l’espace sénégalais depuis l’indépendance, IRD
  • Agence nationale de la démographie et de la statistique
  • Stratégie de croissance accélérée
  • IPAR : Initiative prospective agricole et rurale
  • Portail agroalimentaire Sénégal
  • Arachide
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Auteur de l’article : dooggle