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Art de vivre à la sénégalaise : Cousinage à plaisanterie, Téranga, Élégance


Rédigé le Mardi 10 Juillet 2012 à 11:54 | Lu 1125 fois | 0 commentaire(s)


Le Sénégal est connu à travers le monde comme étant le pays de la Téranga. Il est aussi très attaché à ses us et coutumes qui sont le fondement du savoir-vivre que tout Sénégalais doit adopter. Sous d'autres cieux, des choses qui semblent être des détails ont une importance capitale chez nous. On peut citer la salutation, la bonne humeur, etc. Le Sénégal doit aussi sa beauté à l'harmonieuse coexistence entre gens de confessions différentes, le cousinage à plaisanterie et la solidarité. Le tableau serait inachevé si on ne parlait pas de l'élégance et de la beauté légendaire de ses femmes au sourire qui rassure plus d'un étranger déboussolé. Tout un art pour être Sénégalais.


Art de vivre à la sénégalaise : Cousinage à plaisanterie, Téranga, Élégance
Une adage bien de chez nous dit qu'il est facile de supporter un hôte (gann yomb na mounieul en wolof). Cette assertion renferme toute la chaleur de l'hospitalité des Sénégalais connue à travers le monde.
Quand l'étranger est roi
D'ailleurs, le mot Téranga (hospitalité) colle au Sénégal comme l'Hexagone à la France. C'est que le concept est une réalité. Souleymane Dicko, un Nigérien n'a pas hésité à faire l'apologie de cette coutume locale depuis qu'il est venu dans notre pays il y a trois ans. "Je me sens vraiment comme chez moi, ou bien mieux que chez moi", confesse-t-il. Cet étudiant qui croyait aller vers l'inconnu a été vite adopté par ses camarades qui, pour le mettre dans le bain des réalités sénégalaises, l'invitent souvent à des cérémonies familiales ou des fêtes comme la Tabaski ou la Korité. Il se rappelle très bien le " bon couscous " mangé lors de la dernière fête de Tamkharit. Sans oublier la disposition de ses amis de lui apprendre quelques mots de la langue wolof pour mieux faciliter son adaptation. Aujourd'hui, dit-il, il se débrouille bien, "je sais marchander avec les commerçants, exprimer certains besoins, demander un arrêt à l'apprenti du car rapide ", se réjouit-il. Quid des femmes sénégalaises ? " Elles sont toutes belles comme le dit l'émission d'une télé. Elles sont très accueillantes, même si je m'offusque parfois du mot " niak " que l'on utilisait envers moi au début. Mais maintenant, je crois que je me suis bien intégré ", pense-t-il.
 
La jeune camerounaise Agathe Benoa supporte aujourd'hui bien l'éloignement du pays.
Pour cause. Ses amies, dit-elle, l'ont adopté et montré les petites ficelles des Sénégalaises. Elle connaît déjà une partie du secret des petits pagnes, l'encens et dit adorer prendre du thé.
 
La solidarité pour faire face
Le confort matériel fait-il toujours le bonheur ? Sans argent, est-on obligatoirement un pauvre ? A examiner de près la société sénégalaise, on serait tenté de répondre par la négative. Les théories des économistes voudraient que la pauvreté soit calculée à l'aune de la satisfaction de certains besoins. Appliquées aux Africains ces théories reviendraient à ranger l'écrasante majorité dans le lot des pauvres. Mais ceux que l'on appelle pauvres chez nous en se fondant sur leurs revenus se prennent-ils pour des pauvres ? "
 
En Occident, l'on est pauvre quand, en deçà d'un certain seuil, l'on est inapte à satisfaire certains besoins primaires relatifs au logement, à la nourriture, à l'éducation, aux loisirs... Alors qu'en Afrique, l'on est pauvre selon une certaine tradition bien établie, quand on a rien à partager avec ses proches, cela, tant du point de vue psychologique que du point de vue matériel ", disait le sociologue Omar Diagne dans les colonnes du journal « le Soleil ».
  
« Quand on salue une personne, cela signifie qu'on la respecte », estime Fatima Thiaw. Le Sénégalais accordant beaucoup d'importance à cette marque d'attention, certains Occidentaux peuvent interpeller cette propension à se faire des salamalecs différemment. Là où certains diront que le Sénégalais est une personne chaleureuse, d'autres y verront une propension à beaucoup parler et tendre la main là où un petit bonjour pourrait suffire.
 
C'est mal connaître l'homo sene-galensis qui profite de ce moment court mais plein d'échanges, il vous demandera des nouvelles de votre famille, de sa quiétude, de l'état de santé d'untel qui était malade aux dernières nouvelles, etc.
 
L'élégance, la seconde nature de la Sénégalaise
Chantée sur tous les toits, l'élégance sénégalaise n'est plus à démontrer de même que la beauté de ses filles. La mise revêt une grande importance chez le Sénégalais qui ne néglige souvent aucun détail et qui suit avec passion l'évolution de la mode. Si chez les hommes cette mode évolue lentement, chez les femmes, il est nécessaire de changer de garde-robe à la vitesse des nouveautés vestimentaires. Comme si la beauté physique ne suffisait plus. "Il ne suffit pas seulement d'être belle, il faut aussi savoir mettre en relief cette beauté par la façon de s'habiller, de se coiffer et de se maquiller", pense Fatoumata Ndiaye.
 
Et depuis, la femme sénégalaise s'est mise cette idée qu'il ne faut négliger aucun détail pour paraître agréable aux yeux des autres. Petit à petit, l'élégance a non seulement créé une sorte de business, mais est devenu un art très raffiné que chaque femme essaie de maîtriser. Chez les jeunes filles, qui sont les plus consommatrices de nouveautés, on troque avec facilité le grand boubou "bazin" ou "wax" contre une mise occidentale tournant autour des pantalons et des hauts qui ont présentement la cote. A Dakar, un véritable business tourne autour de l'élégance, les salons de coiffure et de couture poussent comme des champignons. Mieux, d'autres services sont proposés comme la pédicure, la manucure, la pose d'ongles, etc.
 
L'élégance a son coût et les belles dames du pays de la Téranga n'hésitent pas à casquer fort pour rivaliser d'ardeur : "il m'arrive de dépenser une fortune dans les salons de beauté et mon habillement", confesse Fatoumata Ndiaye, sans avancer de chiffre. Les fêtes sont l'occasion de casser la tirelire en mille morceaux, 
En dehors des grands événements et des soirées mondaines, la femme sénégalaise veille aussi sur son paraître. " Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'événement qu'on ne doit pas se faire belle", pense Léna Kane. « Une femme doit entretenir son corps au quotidien », ajoute-t-elle. Sur ce point, les Saint-louisiennes sont entrées dans la légende avec le célèbre "Takussanu Ndar", ce moment de début de soirée pendant laquelle les femmes rivalisent de toilettes à travers les artères de la vieille ville.
 
Même si le phénomène a baissé, la beauté et l'élégance de la Saint-louisienne sont plus que vivaces dans la mémoire collective et sur les cartes postales. Les tâches ménagères, qui occupent les filles restées à la maison, ne freinent pas ce souci d'être à la page de nos filles. Au contraire, la présentation d'un repas (surtout le dîner) est un véritable cérémonial durant lequel la femme se fait coquette. Une manière de donner plus d'appétit à son homme qui, certainement, remercie le Ciel de vivre dans un pays où la beauté et l'élégance font que chaque jour a l'air d'une fête.
 
L'arme redoutable de la séduction
Il y a chez les Sénégalais une unanimité concernant la femme : "jiguèn day mokk pothie" (la femme doit savoir séduire).
Sur ce point, elle dispose de tout un arsenal fatal. Dans le cadre purement intime, les petits pagnes constituent l'artillerie lourde de la séduction aux allures coquines. Ces pagnes aux mailles plus ou moins importants et aux motifs divers portent des noms évocateurs comme " thiabi keur gui " (la clé de la maison), "tamé thiéré" (tamis de couscous), "keuyitou keur gui " (les papiers de la maison), etc.
 
Ce qui convoque un éventail de vertus bien de chez nous, comme le sens du partage, la solidarité et l'entraide. Même si la tendance est de plus en plus à l'occidentalisation, la richesse d'un individu est appréciée selon ses dispositions à user de ces vertus susmentionnées. "La richesse sert d'abord à venir en aide aux parents et proches", estime Mamadou Seck.
 
Une personne a beau être riche, si elle ne se préoccupe pas des autres, elle sera considérée comme quelqu'un de méchant ", ajoute-t-il. Dans le même sens, Amadou Thiaw rappelle les beaux exemples d'hommes comme Djily Mbaye qui se sont fait un nom " non pas grâce à leurs richesses mais grâce à leur générosité". " C'est ça, le Sénégal ! La solidarité et l'entraide permettent de faire face à la crise. Il ne sert à rien d'être riche en argent et pauvre en relations humaines ".
C'est peut-être en relativisant la pauvreté que le Sénégalais aux revenus bas ou moyens parvient à oublier un quotidien difficile. " Même si je ne gagne pas beaucoup, je remercie le bon Dieu de m'avoir donné le minimum pour faire face à certains besoins. Quand on a une famille, des amis et autres connaissances, on sent moins les problèmes", déclare le maçon Cheikh Tidiane Cissé. A son avis, "si tout le monde devait se limiter à ses propres moyens, l'écrasante majorité ne s'en sortirait pas. La solidarité permet de supporter les difficultés". Même si l'individualisme commence à prendre du terrain en milieu urbain, la plupart des Sénégalais savent compter sur leur entourage pour adoucir leur quotidien.
 
Ethnies et confessions à l'unisson
En portant à sa tête un président chrétien dès son accession à la magistrature suprême, le Sénégal, peuplé de plus de 90 % de musulmans, venait de montrer à la face du monde l'une de ses principales richesses : l'harmonie entre les différentes confessions et ethnies.
Le président Léopold Sédar Senghor, dont le monde vient de célébrer le centenaire de sa naissance, est l'illustration parfaite de cette exception sénégalaise dans un continent souvent miné par les conflits à soubassement religieux ou ethniques. Senghor n'appartient pourtant pas à l'ethnie wolof majoritaire, les Sérères venant en deuxième position sur le plan démographique. En plus, il n'est pas de confession musulmane, n'empêche, il a eu d'excellentes relations avec les marabouts des différentes confréries.
 
Le président-poète a su compter sur le soutien des chefs religieux comme Serigne Fallou, le second Khalife général des Mourides, l'une des confréries les plus influentes du Sénégal. L'échiquier politique sénégalais, dominé évidemment par les politiciens de confession musulmane, n'a jamais été secoué par des querelles tournant autour de religions ou d'ethnies.
 
Cette force du Sénégal a diverses explications. D'abord, au plan religieux, l'entente entre les communautés religieuses est consolidée par les liens du sang. Chez les Sérères et les Diolas, on peut rencontrer dans une même famille des frères et sœurs appartenant à deux religions différentes sans que cela ne heurte. En plus, il y a les mariages inter-religieux qui viennent à leur tour créer d'étroits liens de parenté par alliance. Autant de facteurs qui font que la diversité confessionnelle n'est pas une bombe à retardement au Sénégal. Et cela est illustré par les fêtes religieuses qui sont le moment d'une parfaite symbiose entre musulmans et chrétiens. Ces fêtes sont célébrées à l'unisson. Noël est intensément préparée par les musulmans de même que les chrétiens sont conviés aux festivités de la Tabaski et de la Korité. La fête de Pâques est l'occasion pour les fidèles du Christ d'arroser leurs voisins, amis et parents sénégalais de "ngalax" (bouillie sucrée à base de pâte d'arachide). Les moments de joie et de deuils sont vécus en communion par les deux communautés, qui se veulent très solidaires.
 
En guise d'exemple, lors du pèlerinage marial de Poponguine, des musulmans du village (ils y sont majoritaires) accueillent à bras ouverts les pèlerins. Comme si on voulait dire qu'au Sénégal, on est d'abord frères avant d'être musulmans ou chrétiens.
 
La salutation, plus qu'un détail
Ailleurs, la salutation n'est pas une forte obligation et se résume en quelques mots échangés. Chez nous, saluer quelqu'un revêt une grande importance et ne pas sacrifier à ce rituel devient même une offense. Il est illusoire d'interpeller une personne sans l'avoir salué au préalable, quel que puisse être le motif. Sinon, vous risquez de parler tout simplement à un... mur. "Je n'imagine même pas répondre à quelqu'un qui ne m'a pas salué dès le départ ", avertit Amadou Ndaw.
 
Lorsque ce cas de figure se présente, répondre à une interpellation équivaut à son avis à du "niakk fayda" (dépréciation). C'est vous dire que la salutation est l'introduction la plus efficace avant d'engager un échange de mots. Héritant cela de la tradition africaine et islamique qui veut que la personne saluée réponde impérativement, le Sénégalais montre des dispositions à bien discuter, donner des renseignements à toute personne qui l'interpelle. Ou bien à répondre poliment s'il ne peut pas fournir les informations demandées".
 
Des noms purement suggestifs qui laissent deviner que le soir, la femme est la maîtresse du jeu. De même, il y a une panoplie de perles à mettre aux hanches et dont le cliquetis excite, selon Marème Thiaw. "Ce sont des astuces qu'une femme ne doit pas négliger parce que les pagnes plaisent aux hommes et voir des perles briller dans la pénombre est réjouissant pour eux ", ajoute-t-elle.
 
Même les narines ne sont pas épargnées par l'armada féminine, les encens aux mille effluves sont utilisés uniquement pour retenir son homme à la maison. Conscient que les autres femmes ont des atouts pour séduire son homme, la Sénégalaise ne négligera aucun détail pour les tenir à l'écart. Dans les ménages polygames, on redouble d'ardeur pour faire mieux que ses coépouses et s'attirer les faveurs d'un mari qui n'est pas insensibles à ces détails qui font la différence. Sacrée Sénégalaise.
 
Au nom de la légendaire Téranga
Un jour, un ami Béninois me faisait une remarque pertinente : "depuis que je suis dans votre pays, j'ai remarqué que les gens sont tout le temps de bonne humeur, bien habillés comme si c'était la fête tous les jours et prêts à vous mettre à l'aise ". C'était là la définition que ce Béninois donnait de la légendaire Téranga sénégalaise. Un mot que l'on traduit souvent par hospitalité mais qui va plus loin que cette prédisposition à accepter l'autre. "Au Sénégal, l'hôte est roi ", lance Mamadou Seck. A son avis, il faut accueillir bien l'autre tout en pensant qu'un jour, on peut se retrouver dans la position d'un étranger qui aura besoin d'être reçu joyeusement.
 
La Téranga ne bénéficie pas seulement aux étrangers, elle se traduit fréquemment dans le quotidien des Sénégalais. Comme à l'heure du repas. Malgré les soubresauts de la crise économique, le Sénégalais est prêt à partager son repas avec un nouveau venu, ce qui peut paraître étrange sous d'autres cieux. D'ailleurs, il se dit que dans certains pays africains, on donne à lire un journal à un visiteur qui ne s'était pas annoncé au préalable. "Ce n'est pas dans nos coutumes de négliger ainsi un visiteur. Dans le passé, il était fait obligation à la femme de pLe Sénégal est connu à travers le monde comme étant le pays de la Téranga. Il est aussi très attaché à ses us et coutumes qui sont le fondement du savoir-vivre que tout Sénégalais doit adopter. Sous d'autres cieux, des choses qui semblent être des détails ont une importance capitale chez nous. On peut citer la salutation, la bonne humeur, etc. Le Sénégal doit aussi sa beauté à l'harmonieuse coexistence entre gens de confessions différentes, le cousinage à plaisanterie et la solidarité. Le tableau serait inachevé si on ne parlait pas de l'élégance et de la beauté légendaire de ses femmes au sourire qui rassure plus d'un étranger déboussolé. Tout un art pour être Sénégalais.
 
Une adage bien de chez nous dit qu'il est facile de supporter un hôte (gann yomb na mounieul en wolof). Cette assertion renferme toute la chaleur de l'hospitalité des Sénégalais connue à travers le monde.
Quand l'étranger est roi
D'ailleurs, le mot Téranga (hospitalité) colle au Sénégal comme l'Hexagone à la France. C'est que le concept est une réalité. Souleymane Dicko, un Nigérien n'a pas hésité à faire l'apologie de cette coutume locale depuis qu'il est venu dans notre pays il y a trois ans. "Je me sens vraiment comme chez moi, ou bien mieux que chez moi", confesse-t-il. Cet étudiant qui croyait aller vers l'inconnu a été vite adopté par ses camarades qui, pour le mettre dans le bain des réalités sénégalaises, l'invitent souvent à des cérémonies familiales ou des fêtes comme la Tabaski ou la Korité. Il se rappelle très bien le " bon couscous " mangé lors de la dernière fête de Tamkharit. Sans oublier la disposition de ses amis de lui apprendre quelques mots de la langue wolof pour mieux faciliter son adaptation. Aujourd'hui, dit-il, il se débrouille bien, "je sais marchander avec les commerçants, exprimer certains besoins, demander un arrêt à l'apprenti du car rapide ", se réjouit-il. Quid des femmes sénégalaises ? " Elles sont toutes belles comme le dit l'émission d'une télé. Elles sont très accueillantes, même si je m'offusque parfois du mot " niak " que l'on utilisait envers moi au début. Mais maintenant, je crois que je me suis bien intégré ", pense-t-il.
 
La jeune camerounaise Agathe Benoa supporte aujourd'hui bien l'éloignement du pays.
Pour cause. Ses amies, dit-elle, l'ont adopté et montré les petites ficelles des Sénégalaises. Elle connaît déjà une partie du secret des petits pagnes, l'encens et dit adorer prendre du thé.
 
La solidarité pour faire face
Le confort matériel fait-il toujours le bonheur ? Sans argent, est-on obligatoirement un pauvre ? A examiner de près la société sénégalaise, on serait tenté de répondre par la négative. Les théories des économistes voudraient que la pauvreté soit calculée à l'aune de la satisfaction de certains besoins. Appliquées aux Africains ces théories reviendraient à ranger l'écrasante majorité dans le lot des pauvres. Mais ceux que l'on appelle pauvres chez nous en se fondant sur leurs revenus se prennent-ils pour des pauvres ? "
 
En Occident, l'on est pauvre quand, en deçà d'un certain seuil, l'on est inapte à satisfaire certains besoins primaires relatifs au logement, à la nourriture, à l'éducation, aux loisirs... Alors qu'en Afrique, l'on est pauvre selon une certaine tradition bien établie, quand on a rien à partager avec ses proches, cela, tant du point de vue psychologique que du point de vue matériel ", disait le sociologue Omar Diagne dans les colonnes du journal « le Soleil ».
 
Ce qui convoque un éventail de vertus bien de chez nous, comme le sens du partage, la solidarité et l'entraide. Même si la tendance est de plus en plus à l'occidentalisation, la richesse d'un individu est appréciée selon ses dispositions à user de ces vertus susmentionnées. "La richesse sert d'abord à venir en aide aux parents et proches", estime Mamadou Seck.
 
Une personne a beau être riche, si elle ne se préoccupe pas des autres, elle sera considérée comme quelqu'un de méchant ", ajoute-t-il. Dans le même sens, Amadou Thiaw rappelle les beaux exemples d'hommes comme Djily Mbaye qui se sont fait un nom " non pas grâce à leurs richesses mais grâce à leur générosité". " C'est ça, le Sénégal ! La solidarité et l'entraide permettent de faire face à la crise. Il ne sert à rien d'être riche en argent et pauvre en relations humaines ".
 
C'est peut-être en relativisant la pauvreté que le Sénégalais aux revenus bas ou moyens parvient à oublier un quotidien difficile. " Même si je ne gagne pas beaucoup, je remercie le bon Dieu de m'avoir donné le minimum pour faire face à certains besoins. Quand on a une famille, des amis et autres connaissances, on sent moins les problèmes", déclare le maçon Cheikh Tidiane Cissé. A son avis, "si tout le monde devait se limiter à ses propres moyens, l'écrasante majorité ne s'en sortirait pas. La solidarité permet de supporter les difficultés". Même si l'individualisme commence à prendre du terrain en milieu urbain, la plupart des Sénégalais savent compter sur leur entourage pour adoucir leur quotidien.
 
Ethnies et confessions à l'unisson
En portant à sa tête un président chrétien dès son accession à la magistrature suprême, le Sénégal, peuplé de plus de 90 % de musulmans, venait de montrer à la face du monde l'une de ses principales richesses : l'harmonie entre les différentes confessions et ethnies.
Le président Léopold Sédar Senghor, dont le monde vient de célébrer le centenaire de sa naissance, est l'illustration parfaite de cette exception sénégalaise dans un continent souvent miné par les conflits à soubassement religieux ou ethniques. Senghor n'appartient pourtant pas à l'ethnie wolof majoritaire, les Sérères venant en deuxième position sur le plan démographique. En plus, il n'est pas de confession musulmane, n'empêche, il a eu d'excellentes relations avec les marabouts des différentes confréries.
 
Le président-poète a su compter sur le soutien des chefs religieux comme Serigne Fallou, le second Khalife général des Mourides, l'une des confréries les plus influentes du Sénégal. L'échiquier politique sénégalais, dominé évidemment par les politiciens de confession musulmane, n'a jamais été secoué par des querelles tournant autour de religions ou d'ethnies.
 
Cette force du Sénégal a diverses explications. D'abord, au plan religieux, l'entente entre les communautés religieuses est consolidée par les liens du sang. Chez les Sérères et les Diolas, on peut rencontrer dans une même famille des frères et sœurs appartenant à deux religions différentes sans que cela ne heurte. En plus, il y a les mariages inter-religieux qui viennent à leur tour créer d'étroits liens de parenté par alliance. Autant de facteurs qui font que la diversité confessionnelle n'est pas une bombe à retardement au Sénégal. Et cela est illustré par les fêtes religieuses qui sont le moment d'une parfaite symbiose entre musulmans et chrétiens. Ces fêtes sont célébrées à l'unisson. Noël est intensément préparée par les musulmans de même que les chrétiens sont conviés aux festivités de la Tabaski et de la Korité. La fête de Pâques est l'occasion pour les fidèles du Christ d'arroser leurs voisins, amis et parents sénégalais de "ngalax" (bouillie sucrée à base de pâte d'arachide). Les moments de joie et de deuils sont vécus en communion par les deux communautés, qui se veulent très solidaires.
 
En guise d'exemple, lors du pèlerinage marial de Poponguine, des musulmans du village (ils y sont majoritaires) accueillent à bras ouverts les pèlerins. Comme si on voulait dire qu'au Sénégal, on est d'abord frères avant d'être musulmans ou chrétiens.
 
La salutation, plus qu'un détail
Ailleurs, la salutation n'est pas une forte obligation et se résume en quelques mots échangés. Chez nous, saluer quelqu'un revêt une grande importance et ne pas sacrifier à ce rituel devient même une offense. Il est illusoire d'interpeller une personne sans l'avoir salué au préalable, quel que puisse être le motif. Sinon, vous risquez de parler tout simplement à un... mur. "Je n'imagine même pas répondre à quelqu'un qui ne m'a pas salué dès le départ ", avertit Amadou Ndaw.
 
Lorsque ce cas de figure se présente, répondre à une interpellation équivaut à son avis à du "niakk fayda" (dépréciation). C'est vous dire que la salutation est l'introduction la plus efficace avant d'engager un échange de mots. Héritant cela de la tradition africaine et islamique qui veut que la personne saluée réponde impérativement, le Sénégalais montre des dispositions à bien discuter, donner des renseignements à toute personne qui l'interpelle. Ou bien à répondre poliment s'il ne peut pas fournir les informations demandées".
 
« Quand on salue une personne, cela signifie qu'on la respecte », estime Fatima Thiaw. Le Sénégalais accordant beaucoup d'importance à cette marque d'attention, certains Occidentaux peuvent interpeller cette propension à se faire des salamalecs différemment. Là où certains diront que le Sénégalais est une personne chaleureuse, d'autres y verront une propension à beaucoup parler et tendre la main là où un petit bonjour pourrait suffire.
 
C'est mal connaître l'homo sene-galensis qui profite de ce moment court mais plein d'échanges, il vous demandera des nouvelles de votre famille, de sa quiétude, de l'état de santé d'untel qui était malade aux dernières nouvelles, etc.
 
L'élégance, la seconde nature de la Sénégalaise
Chantée sur tous les toits, l'élégance sénégalaise n'est plus à démontrer de même que la beauté de ses filles. La mise revêt une grande importance chez le Sénégalais qui ne néglige souvent aucun détail et qui suit avec passion l'évolution de la mode. Si chez les hommes cette mode évolue lentement, chez les femmes, il est nécessaire de changer de garde-robe à la vitesse des nouveautés vestimentaires. Comme si la beauté physique ne suffisait plus. "Il ne suffit pas seulement d'être belle, il faut aussi savoir mettre en relief cette beauté par la façon de s'habiller, de se coiffer et de se maquiller", pense Fatoumata Ndiaye.
 
Et depuis, la femme sénégalaise s'est mise cette idée qu'il ne faut négliger aucun détail pour paraître agréable aux yeux des autres. Petit à petit, l'élégance a non seulement créé une sorte de business, mais est devenu un art très raffiné que chaque femme essaie de maîtriser. Chez les jeunes filles, qui sont les plus consommatrices de nouveautés, on troque avec facilité le grand boubou "bazin" ou "wax" contre une mise occidentale tournant autour des pantalons et des hauts qui ont présentement la cote. A Dakar, un véritable business tourne autour de l'élégance, les salons de coiffure et de couture poussent comme des champignons. Mieux, d'autres services sont proposés comme la pédicure, la manucure, la pose d'ongles, etc.
 
L'élégance a son coût et les belles dames du pays de la Téranga n'hésitent pas à casquer fort pour rivaliser d'ardeur : "il m'arrive de dépenser une fortune dans les salons de beauté et mon habillement", confesse Fatoumata Ndiaye, sans avancer de chiffre. Les fêtes sont l'occasion de casser la tirelire en mille morceaux, 
En dehors des grands événements et des soirées mondaines, la femme sénégalaise veille aussi sur son paraître. " Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'événement qu'on ne doit pas se faire belle", pense Léna Kane. « Une femme doit entretenir son corps au quotidien », ajoute-t-elle. Sur ce point, les Saint-louisiennes sont entrées dans la légende avec le célèbre "Takussanu Ndar", ce moment de début de soirée pendant laquelle les femmes rivalisent de toilettes à travers les artères de la vieille ville.
 
Même si le phénomène a baissé, la beauté et l'élégance de la Saint-louisienne sont plus que vivaces dans la mémoire collective et sur les cartes postales. Les tâches ménagères, qui occupent les filles restées à la maison, ne freinent pas ce souci d'être à la page de nos filles. Au contraire, la présentation d'un repas (surtout le dîner) est un véritable cérémonial durant lequel la femme se fait coquette. Une manière de donner plus d'appétit à son homme qui, certainement, remercie le Ciel de vivre dans un pays où la beauté et l'élégance font que chaque jour a l'air d'une fête.
 
L'arme redoutable de la séduction
Il y a chez les Sénégalais une unanimité concernant la femme : "jiguèn day mokk pothie" (la femme doit savoir séduire).
Sur ce point, elle dispose de tout un arsenal fatal. Dans le cadre purement intime, les petits pagnes constituent l'artillerie lourde de la séduction aux allures coquines. Ces pagnes aux mailles plus ou moins importants et aux motifs divers portent des noms évocateurs comme " thiabi keur gui " (la clé de la maison), "tamé thiéré" (tamis de couscous), "keuyitou keur gui " (les papiers de la maison), etc.
 
Des noms purement suggestifs qui laissent deviner que le soir, la femme est la maîtresse du jeu. De même, il y a une panoplie de perles à mettre aux hanches et dont le cliquetis excite, selon Marème Thiaw. "Ce sont des astuces qu'une femme ne doit pas négliger parce que les pagnes plaisent aux hommes et voir des perles briller dans la pénombre est réjouissant pour eux ", ajoute-t-elle.
 
Même les narines ne sont pas épargnées par l'armada féminine, les encens aux mille effluves sont utilisés uniquement pour retenir son homme à la maison. Conscient que les autres femmes ont des atouts pour séduire son homme, la Sénégalaise ne négligera aucun détail pour les tenir à l'écart. Dans les ménages polygames, on redouble d'ardeur pour faire mieux que ses coépouses et s'attirer les faveurs d'un mari qui n'est pas insensibles à ces détails qui font la différence. Sacrée Sénégalaise.
 
Au nom de la légendaire Téranga
Un jour, un ami Béninois me faisait une remarque pertinente : "depuis que je suis dans votre pays, j'ai remarqué que les gens sont tout le temps de bonne humeur, bien habillés comme si c'était la fête tous les jours et prêts à vous mettre à l'aise ". C'était là la définition que ce Béninois donnait de la légendaire Téranga sénégalaise. Un mot que l'on traduit souvent par hospitalité mais qui va plus loin que cette prédisposition à accepter l'autre. "Au Sénégal, l'hôte est roi ", lance Mamadou Seck. A son avis, il faut accueillir bien l'autre tout en pensant qu'un jour, on peut se retrouver dans la position d'un étranger qui aura besoin d'être reçu joyeusement.
 
La Téranga ne bénéficie pas seulement aux étrangers, elle se traduit fréquemment dans le quotidien des Sénégalais. Comme à l'heure du repas. Malgré les soubresauts de la crise économique, le Sénégalais est prêt à partager son repas avec un nouveau venu, ce qui peut paraître étrange sous d'autres cieux. D'ailleurs, il se dit que dans certains pays africains, on donne à lire un journal à un visiteur qui ne s'était pas annoncé au préalable. "Ce n'est pas dans nos coutumes de négliger ainsi un visiteur. Dans le passé, il était fait obligation à la femme de préparer à manger pour plus de personnes qu'il y en a dans son ménage afin de faire face aux éventuelles visites à l'improviste de parents, d'amis ou de simples inconnus qui arrivent à l'heure de manger", explique le vieux El Hadji Moustapha Ndoye.
 
Aujourd'hui, même s'il a parfois du mal à assurer les trois repas, le Sénégalais se fait un devoir de donner une cuillère à un hôte qui pointe le nez à l'heure de passer à table en l'invitant gentiment. D'ailleurs, l'invitation est un rituel presque sacré, même si on est sûr que les personnes à qui l'on s'adresse n'y déferreront pas, il faut, chez nous, appeler à venir partager un mets. C'est la tradition.réparer à manger pour plus de personnes qu'il y en a dans son ménage afin de faire face aux éventuelles visites à l'improviste de parents, d'amis ou de simples inconnus qui arrivent à l'heure de manger", explique le vieux El Hadji Moustapha Ndoye.
 
Aujourd'hui, même s'il a parfois du mal à assurer les trois repas, le Sénégalais se fait un devoir de donner une cuillère à un hôte qui pointe le nez à l'heure de passer à table en l'invitant gentiment. D'ailleurs, l'invitation est un rituel presque sacré, même si on est sûr que les personnes à qui l'on s'adresse n'y déferreront pas, il faut, chez nous, appeler à venir partager un mets. C'est la tradition.
Une adage bien de chez nous dit qu'il est facile de supporter un hôte (gann yomb na mounieul en wolof). Cette assertion renferme toute la chaleur de l'hospitalité des Sénégalais connue à travers le monde.
Quand l'étranger est roi
D'ailleurs, le mot Téranga (hospitalité) colle au Sénégal comme l'Hexagone à la France. C'est que le concept est une réalité. Souleymane Dicko, un Nigérien n'a pas hésité à faire l'apologie de cette coutume locale depuis qu'il est venu dans notre pays il y a trois ans. "Je me sens vraiment comme chez moi, ou bien mieux que chez moi", confesse-t-il. Cet étudiant qui croyait aller vers l'inconnu a été vite adopté par ses camarades qui, pour le mettre dans le bain des réalités sénégalaises, l'invitent souvent à des cérémonies familiales ou des fêtes comme la Tabaski ou la Korité. Il se rappelle très bien le " bon couscous " mangé lors de la dernière fête de Tamkharit. Sans oublier la disposition de ses amis de lui apprendre quelques mots de la langue wolof pour mieux faciliter son adaptation. Aujourd'hui, dit-il, il se débrouille bien, "je sais marchander avec les commerçants, exprimer certains besoins, demander un arrêt à l'apprenti du car rapide ", se réjouit-il. Quid des femmes sénégalaises ? " Elles sont toutes belles comme le dit l'émission d'une télé. Elles sont très accueillantes, même si je m'offusque parfois du mot " niak " que l'on utilisait envers moi au début. Mais maintenant, je crois que je me suis bien intégré ", pense-t-il.
 
La jeune camerounaise Agathe Benoa supporte aujourd'hui bien l'éloignement du pays.
Pour cause. Ses amies, dit-elle, l'ont adopté et montré les petites ficelles des Sénégalaises. Elle connaît déjà une partie du secret des petits pagnes, l'encens et dit adorer prendre du thé.
 
La solidarité pour faire face
Le confort matériel fait-il toujours le bonheur ? Sans argent, est-on obligatoirement un pauvre ? A examiner de près la société sénégalaise, on serait tenté de répondre par la négative. Les théories des économistes voudraient que la pauvreté soit calculée à l'aune de la satisfaction de certains besoins. Appliquées aux Africains ces théories reviendraient à ranger l'écrasante majorité dans le lot des pauvres. Mais ceux que l'on appelle pauvres chez nous en se fondant sur leurs revenus se prennent-ils pour des pauvres ? "
 
En Occident, l'on est pauvre quand, en deçà d'un certain seuil, l'on est inapte à satisfaire certains besoins primaires relatifs au logement, à la nourriture, à l'éducation, aux loisirs... Alors qu'en Afrique, l'on est pauvre selon une certaine tradition bien établie, quand on a rien à partager avec ses proches, cela, tant du point de vue psychologique que du point de vue matériel ", disait le sociologue Omar Diagne dans les colonnes du journal « le Soleil ».
 
Ce qui convoque un éventail de vertus bien de chez nous, comme le sens du partage, la solidarité et l'entraide. Même si la tendance est de plus en plus à l'occidentalisation, la richesse d'un individu est appréciée selon ses dispositions à user de ces vertus susmentionnées. "La richesse sert d'abord à venir en aide aux parents et proches", estime Mamadou Seck.
 
Une personne a beau être riche, si elle ne se préoccupe pas des autres, elle sera considérée comme quelqu'un de méchant ", ajoute-t-il. Dans le même sens, Amadou Thiaw rappelle les beaux exemples d'hommes comme Djily Mbaye qui se sont fait un nom " non pas grâce à leurs richesses mais grâce à leur générosité". " C'est ça, le Sénégal ! La solidarité et l'entraide permettent de faire face à la crise. Il ne sert à rien d'être riche en argent et pauvre en relations humaines ".
 
C'est peut-être en relativisant la pauvreté que le Sénégalais aux revenus bas ou moyens parvient à oublier un quotidien difficile. " Même si je ne gagne pas beaucoup, je remercie le bon Dieu de m'avoir donné le minimum pour faire face à certains besoins. Quand on a une famille, des amis et autres connaissances, on sent moins les problèmes", déclare le maçon Cheikh Tidiane Cissé. A son avis, "si tout le monde devait se limiter à ses propres moyens, l'écrasante majorité ne s'en sortirait pas. La solidarité permet de supporter les difficultés". Même si l'individualisme commence à prendre du terrain en milieu urbain, la plupart des Sénégalais savent compter sur leur entourage pour adoucir leur quotidien.
 
Ethnies et confessions à l'unisson
En portant à sa tête un président chrétien dès son accession à la magistrature suprême, le Sénégal, peuplé de plus de 90 % de musulmans, venait de montrer à la face du monde l'une de ses principales richesses : l'harmonie entre les différentes confessions et ethnies.
Le président Léopold Sédar Senghor, dont le monde vient de célébrer le centenaire de sa naissance, est l'illustration parfaite de cette exception sénégalaise dans un continent souvent miné par les conflits à soubassement religieux ou ethniques. Senghor n'appartient pourtant pas à l'ethnie wolof majoritaire, les Sérères venant en deuxième position sur le plan démographique. En plus, il n'est pas de confession musulmane, n'empêche, il a eu d'excellentes relations avec les marabouts des différentes confréries.
 
Le président-poète a su compter sur le soutien des chefs religieux comme Serigne Fallou, le second Khalife général des Mourides, l'une des confréries les plus influentes du Sénégal. L'échiquier politique sénégalais, dominé évidemment par les politiciens de confession musulmane, n'a jamais été secoué par des querelles tournant autour de religions ou d'ethnies.
 
Cette force du Sénégal a diverses explications. D'abord, au plan religieux, l'entente entre les communautés religieuses est consolidée par les liens du sang. Chez les Sérères et les Diolas, on peut rencontrer dans une même famille des frères et sœurs appartenant à deux religions différentes sans que cela ne heurte. En plus, il y a les mariages inter-religieux qui viennent à leur tour créer d'étroits liens de parenté par alliance. Autant de facteurs qui font que la diversité confessionnelle n'est pas une bombe à retardement au Sénégal. Et cela est illustré par les fêtes religieuses qui sont le moment d'une parfaite symbiose entre musulmans et chrétiens. Ces fêtes sont célébrées à l'unisson. Noël est intensément préparée par les musulmans de même que les chrétiens sont conviés aux festivités de la Tabaski et de la Korité. La fête de Pâques est l'occasion pour les fidèles du Christ d'arroser leurs voisins, amis et parents sénégalais de "ngalax" (bouillie sucrée à base de pâte d'arachide). Les moments de joie et de deuils sont vécus en communion par les deux communautés, qui se veulent très solidaires.
 
En guise d'exemple, lors du pèlerinage marial de Poponguine, des musulmans du village (ils y sont majoritaires) accueillent à bras ouverts les pèlerins. Comme si on voulait dire qu'au Sénégal, on est d'abord frères avant d'être musulmans ou chrétiens.
 
La salutation, plus qu'un détail
Ailleurs, la salutation n'est pas une forte obligation et se résume en quelques mots échangés. Chez nous, saluer quelqu'un revêt une grande importance et ne pas sacrifier à ce rituel devient même une offense. Il est illusoire d'interpeller une personne sans l'avoir salué au préalable, quel que puisse être le motif. Sinon, vous risquez de parler tout simplement à un... mur. "Je n'imagine même pas répondre à quelqu'un qui ne m'a pas salué dès le départ ", avertit Amadou Ndaw.
 
Lorsque ce cas de figure se présente, répondre à une interpellation équivaut à son avis à du "niakk fayda" (dépréciation). C'est vous dire que la salutation est l'introduction la plus efficace avant d'engager un échange de mots. Héritant cela de la tradition africaine et islamique qui veut que la personne saluée réponde impérativement, le Sénégalais montre des dispositions à bien discuter, donner des renseignements à toute personne qui l'interpelle. Ou bien à répondre poliment s'il ne peut pas fournir les informations demandées".
 
« Quand on salue une personne, cela signifie qu'on la respecte », estime Fatima Thiaw. Le Sénégalais accordant beaucoup d'importance à cette marque d'attention, certains Occidentaux peuvent interpeller cette propension à se faire des salamalecs différemment. Là où certains diront que le Sénégalais est une personne chaleureuse, d'autres y verront une propension à beaucoup parler et tendre la main là où un petit bonjour pourrait suffire.
 
C'est mal connaître l'homo sene-galensis qui profite de ce moment court mais plein d'échanges, il vous demandera des nouvelles de votre famille, de sa quiétude, de l'état de santé d'untel qui était malade aux dernières nouvelles, etc.
 
L'élégance, la seconde nature de la Sénégalaise
Chantée sur tous les toits, l'élégance sénégalaise n'est plus à démontrer de même que la beauté de ses filles. La mise revêt une grande importance chez le Sénégalais qui ne néglige souvent aucun détail et qui suit avec passion l'évolution de la mode. Si chez les hommes cette mode évolue lentement, chez les femmes, il est nécessaire de changer de garde-robe à la vitesse des nouveautés vestimentaires. Comme si la beauté physique ne suffisait plus. "Il ne suffit pas seulement d'être belle, il faut aussi savoir mettre en relief cette beauté par la façon de s'habiller, de se coiffer et de se maquiller", pense Fatoumata Ndiaye.
 
Et depuis, la femme sénégalaise s'est mise cette idée qu'il ne faut négliger aucun détail pour paraître agréable aux yeux des autres. Petit à petit, l'élégance a non seulement créé une sorte de business, mais est devenu un art très raffiné que chaque femme essaie de maîtriser. Chez les jeunes filles, qui sont les plus consommatrices de nouveautés, on troque avec facilité le grand boubou "bazin" ou "wax" contre une mise occidentale tournant autour des pantalons et des hauts qui ont présentement la cote. A Dakar, un véritable business tourne autour de l'élégance, les salons de coiffure et de couture poussent comme des champignons. Mieux, d'autres services sont proposés comme la pédicure, la manucure, la pose d'ongles, etc.
 
L'élégance a son coût et les belles dames du pays de la Téranga n'hésitent pas à casquer fort pour rivaliser d'ardeur : "il m'arrive de dépenser une fortune dans les salons de beauté et mon habillement", confesse Fatoumata Ndiaye, sans avancer de chiffre. Les fêtes sont l'occasion de casser la tirelire en mille morceaux, 
En dehors des grands événements et des soirées mondaines, la femme sénégalaise veille aussi sur son paraître. " Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'événement qu'on ne doit pas se faire belle", pense Léna Kane. « Une femme doit entretenir son corps au quotidien », ajoute-t-elle. Sur ce point, les Saint-louisiennes sont entrées dans la légende avec le célèbre "Takussanu Ndar", ce moment de début de soirée pendant laquelle les femmes rivalisent de toilettes à travers les artères de la vieille ville.
 
Même si le phénomène a baissé, la beauté et l'élégance de la Saint-louisienne sont plus que vivaces dans la mémoire collective et sur les cartes postales. Les tâches ménagères, qui occupent les filles restées à la maison, ne freinent pas ce souci d'être à la page de nos filles. Au contraire, la présentation d'un repas (surtout le dîner) est un véritable cérémonial durant lequel la femme se fait coquette. Une manière de donner plus d'appétit à son homme qui, certainement, remercie le Ciel de vivre dans un pays où la beauté et l'élégance font que chaque jour a l'air d'une fête.
 
L'arme redoutable de la séduction
Il y a chez les Sénégalais une unanimité concernant la femme : "jiguèn day mokk pothie" (la femme doit savoir séduire).
Sur ce point, elle dispose de tout un arsenal fatal. Dans le cadre purement intime, les petits pagnes constituent l'artillerie lourde de la séduction aux allures coquines. Ces pagnes aux mailles plus ou moins importants et aux motifs divers portent des noms évocateurs comme " thiabi keur gui " (la clé de la maison), "tamé thiéré" (tamis de couscous), "keuyitou keur gui " (les papiers de la maison), etc.
 
Des noms purement suggestifs qui laissent deviner que le soir, la femme est la maîtresse du jeu. De même, il y a une panoplie de perles à mettre aux hanches et dont le cliquetis excite, selon Marème Thiaw. "Ce sont des astuces qu'une femme ne doit pas négliger parce que les pagnes plaisent aux hommes et voir des perles briller dans la pénombre est réjouissant pour eux ", ajoute-t-elle.
 
Même les narines ne sont pas épargnées par l'armada féminine, les encens aux mille effluves sont utilisés uniquement pour retenir son homme à la maison. Conscient que les autres femmes ont des atouts pour séduire son homme, la Sénégalaise ne négligera aucun détail pour les tenir à l'écart. Dans les ménages polygames, on redouble d'ardeur pour faire mieux que ses coépouses et s'attirer les faveurs d'un mari qui n'est pas insensibles à ces détails qui font la différence. Sacrée Sénégalaise.
 
Au nom de la légendaire Téranga
Un jour, un ami Béninois me faisait une remarque pertinente : "depuis que je suis dans votre pays, j'ai remarqué que les gens sont tout le temps de bonne humeur, bien habillés comme si c'était la fête tous les jours et prêts à vous mettre à l'aise ". C'était là la définition que ce Béninois donnait de la légendaire Téranga sénégalaise. Un mot que l'on traduit souvent par hospitalité mais qui va plus loin que cette prédisposition à accepter l'autre. "Au Sénégal, l'hôte est roi ", lance Mamadou Seck. A son avis, il faut accueillir bien l'autre tout en pensant qu'un jour, on peut se retrouver dans la position d'un étranger qui aura besoin d'être reçu joyeusement.
 
La Téranga ne bénéficie pas seulement aux étrangers, elle se traduit fréquemment dans le quotidien des Sénégalais. Comme à l'heure du repas. Malgré les soubresauts de la crise économique, le Sénégalais est prêt à partager son repas avec un nouveau venu, ce qui peut paraître étrange sous d'autres cieux. D'ailleurs, il se dit que dans certains pays africains, on donne à lire un journal à un visiteur qui ne s'était pas annoncé au préalable. "Ce n'est pas dans nos coutumes de négliger ainsi un visiteur. Dans le passé, il était fait obligation à la femme de préparer à manger pour plus de personnes qu'il y en a dans son ménage afin de faire face aux éventuelles visites à l'improviste de parents, d'amis ou de simples inconnus qui arrivent à l'heure de manger", explique le vieux El Hadji Moustapha Ndoye.
 
Aujourd'hui, même s'il a parfois du mal à assurer les trois repas, le Sénégalais se fait un devoir de donner une cuillère à un hôte qui pointe le nez à l'heure de passer à table en l'invitant gentiment. D'ailleurs, l'invitation est un rituel presque sacré, même si on est sûr que les personnes à qui l'on s'adresse n'y déferreront pas, il faut, chez nous, appeler à venir partager un mets. C'est la tradition.
 





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